Histoire de la pharmacopée

Le projet de recherche que nous menons vise à améliorer notre connaissance de la pharmacologie au sens le plus large possible, et à comprendre les évolutions et les modes de transmission des pharmacopées anciennes pour évaluer leur potentiel thérapeutique.
Nous confrontons les informations apportées par les artefacts aux données épigraphiques, manuscrites, archéologiques et historiographiques que nous collectons notamment sur les pharmacothérapies sumérienne, égyptienne, gréco-romaine, indienne et arabe, pour lesquelles une filiation est bien établie (Speziale, 2010 ; Touwaide, et Appetiti, 2013).
D’autres périodes et civilisations seront abordées au cours de la construction du RT, afin d’apporter des complémentarités de savoirs. Ces données nous permettent d’identifier les ingrédients d’origine végétale, minérale et animale qui composent les remèdes anciens, d’apprécier leurs modes de préparation, leurs combinaisons, interactions et applications, et surtout de mieux comprendre les effets thérapeutiques escomptés des traitements préconisés.
L’élaboration des remèdes varie en fonction des lieux et des périodes, des stratégies culturelles mises en œuvre, des modes de transmission manuscrites ou orales des connaissances et des ressources naturelles disponibles.
Surtout, la diversité des traitements illustre le potentiel thérapeutique de certains ingrédients, avéré depuis l’Égypte prédynastique jusqu’à aujourd’hui, aussi bien dans le monde gréco-romain que dans la médecine arabe ou indienne (Limet, 1978 ; Bardinet, 1995 ; Campbell, 2007). La reconstitution et les tests d’activités de remèdes anciens et contemporains démontrent notamment le bien-fondé de la pérennité des combinaisons de certains ingrédients depuis plus de deux millénaires.
Et si le pouvoir thérapeutique des remèdes peut procéder d’un raisonnement analogique fondé sur des données environnementales, elles peuvent en effet aussi être assorties d’activités pharmacologiques directes plus ou moins faciles à constater empiriquement. Le consortium IRGAP réunira des chercheurs dont les compétences disciplinaires variées permettront ainsi tout aussi bien de déceler les propriétés chimiques ou biologiques des préparations pharmaceutiques anciennes que de voir comment l’imaginaire collectif et les différents modes de transmission du savoir modifient la composition des préparations pharmaceutiques et influent sur la production, la commercialisation et l’exportation des ingrédients.
Ainsi, tout en enrichissant nos connaissances archéologiques, épigraphiques, philologiques et linguistiques des médecines anciennes, notre programme de recherche, d’abord conçu dans une perspective thérapeutique, apportera également un éclairage socio-économique novateur sur l’histoire des sciences et des techniques..


